Le dossier français de l’hypersonique a franchi une étape industrielle : le 2 juin 2026, la Direction générale de l’armement (DGA) a confié à MBDA le développement de l’ASN4G, le missile air-sol nucléaire de quatrième génération. L’annonce a été publiée le 11 juin 2026 par le ministère des Armées. Il s’agit d’une commande de développement, pas d’une entrée en service.
Illustration de contexte : un Rafale B photographié au Bourget le 15 juin 2003. Cette image ne montre ni le futur Rafale F5 ni le missile ASN4G. Crédit : Konstantin von Wedelstaedt. Licence : GNU Free Documentation License, version 1.2 uniquement, selon les conditions indiquées sur la page source de Wikimedia Commons.
Un missile prévu pour 2035, pas pour demain
L’ASN4G doit remplacer l’ASMPA rénové et être emporté par le Rafale F5, avec une mise en service visée à l’horizon 2035. Il doit équiper les Forces aériennes stratégiques et la Force aéronavale nucléaire, précise la DGA. Le calendrier annoncé constitue donc un objectif futur, pas une capacité disponible aujourd’hui.
L’enjeu affiché par le ministère est de préserver la crédibilité de la dissuasion nucléaire aéroportée face à l’amélioration des défenses adverses. Autrement dit, conserver une arme capable de les franchir. Le lancement du développement a également été rapporté par Aerospatium, dans un article publié le 13 juin 2026, qui distingue bien la commande du 2 juin de son annonce publique neuf jours plus tard.
Que signifie « hypersonique » ?
Un véhicule entre dans le domaine hypersonique lorsqu’il dépasse Mach 5, soit cinq fois la vitesse du son. Mais l’intérêt militaire ne réside pas seulement dans la vitesse : la capacité à manœuvrer rend aussi la trajectoire moins prévisible et l’interception plus difficile. C’est l’explication donnée par le ministère des Armées dans une réponse parlementaire publiée le 16 avril 2024.
Deux approches doivent être distinguées. Un missile peut entretenir sa vitesse grâce à un moteur utilisant l’air, voie étudiée pour l’ASN4G. Un planeur hypersonique reçoit, lui, sa vitesse initiale d’un lanceur avant de poursuivre son vol sans cette propulsion continue. Le démonstrateur français VMaX relève de cette seconde famille : son premier essai remonte au 26 juin 2023, rappelle la même réponse officielle. Ce tir ancien ne doit donc pas être présenté comme une nouveauté de 2026.
Se défendre contre ces armes : un chantier européen
La France travaille également sur l’autre versant du problème : intercepter des engins hypersoniques. Dans leur déclaration commune publiée le 25 juin 2026, le jour de leur sommet, Paris et Rome ont réaffirmé leur coopération autour de futurs intercepteurs. Il s’agit d’une orientation politique et industrielle, non de l’annonce d’un système déployé.
Une étape plus concrète a été annoncée par MBDA le 10 juillet 2026 : les quatre États participant au projet HYDIS — France, Allemagne, Italie et Pays-Bas — ont retenu un concept d’intercepteur parmi deux propositions. Le communiqué mentionne un comité de pilotage tenu ce même jour. Les travaux reposent notamment sur des études et des simulations ; la fin de cette phase de conception est prévue en mai 2027. Ce jalon ne constitue pas une démonstration d’interception en conditions réelles.
La chaleur, un obstacle aussi important que la vitesse
L’actualité française concerne aussi la recherche. Du 21 au 23 septembre 2026, une école consacrée à l’aérothermique a réuni 61 participants à Saint-Pierre-d’Oléron, selon le compte rendu de l’association organisatrice HyFAR-ARA, dont la page consultée n’affiche pas de date de publication. Étudiants, chercheurs et ingénieurs y ont travaillé sur les phénomènes physiques liés notamment au vol hypersonique.
À ces vitesses, l’écoulement de l’air soumet les parois à une chaleur considérable. Il faut prévoir cette chaleur pour concevoir une protection suffisante sans alourdir inutilement le véhicule, explique HyFAR-ARA. Derrière les annonces militaires, une difficulté demeure donc très concrète : réussir à faire voler, guider et protéger durablement un engin dans un environnement extrême.